Le pourquoi du comment

sur l’ « avant » Lorient

Le contexte : une presqu’île rurale au XVIIe siècle

Avant de devenir Lorient, l’endroit n’est qu’un territoire agricole et forestier situé à l’embouchure de deux rivières, le Scorff et le Blavet. On l’appelle le Faouëdic-Lésivy — « Faouëdic » signifiant « terre du hêtre » en breton, et « Lésivy » étant le nom des seigneurs qui possédaient autrefois ces terres.
Le paysage est composé de bois, de landes, de champs de blé et d’avoine, de vasières et de quelques maisons éparses.

Réparties dans quelques hameaux disposés en demi-cercle entre la chapelle Saint-Christophe et le lieu-dit La Perrière :

            • Kerentrech,
            • Calvin,
            • La Villeneuve,
            • Le Moustoir-Saint-Phélan,
            • Kernel,
            • Kerverot. 

        • une quinzaine de familles y vivent :

            • LE DISCOT et consorts, possédant les terrains du centre principalement
            • Marie FICHAU, veuve de Mathurin Le Creff, de Kerentrech
            • Guillaume et Yvon HERVÉ, de Kerentrech
            • Anne Le TIEC, de Kerverault, veuve de Jacques SALLO
            • Veuve GUIGNER
            • Marie GUILLONIC
            • Marc Le PESQUER
            • Guillaume et Claude LE VENEDY, de Kerverault
            • François DACIER
            • Jacques du PARC et ses héritiers
            • Veuve MELLOU
            • Jan Le PELLERIN, propriétaire de l’étang et du moulin du Faouëdic
            • Mathieu POGAM
            • Pierre IVON

Ce territoire compte aussi quelques bâtiments notables : le manoir noble du Faouëdic-Lésivy (probablement situé près de l’actuel hôpital du Scorff), une chapelle, les ruines d’un colombier, les vestiges d’un ancien château ou couvent nommé « le Cloistre » (près de l’ancien lavoir de l’Eau Courante), un  moulin à mer (sur l’étang du Faouëdic) et un moulin à vent (à l’emplacement actuel de la tour de la Découverte).

Le hameau de Kerverot (également orthographié Kerverault) :

Le hameau de Kerverot était situé entre la place Clémenceau, la rue des remparts, la rue de Clisson, la rue du Couëdic et la rue Fénelon.
Il possédait cinq petites tenues (petites chaumières) à domaine congéable (*), dont les habitants cultivateurs et pêcheurs exploitaient les bancs naturels d’huîtres du ruisseau du Faouëdic.

Autour de ce petit territoire, quatre villes existent déjà : Port-Louis, Pont-Scorff, Quimperlé et Hennebont.

(*) Convention d’une durée de 9 ans entre le propriétaire foncier (qui possède les terres et les arbres d’espèces nobles) et son fermier, lui-même propriétaire des bâtiments, puits, haies, barrières et d’arbres d’espèces non nobles.

Le pouvoir seigneurial

Toute la région appartient à la puissante famille des princes de Rohan-Guéméné. Plusieurs seigneuries locales (La Rochemoisan, Tréfaven, Kerrien) exercent leur juridiction sur les hameaux, notamment Kerentrech, qui dépend du château de Tréfaven — et où se trouve même un gibet, signe du pouvoir de justice exercé sur place. Sur le plan religieux, le territoire dépend de la paroisse de Ploemeur, alors la plus grande de Bretagne.

Un épisode important est mentionné : le prince Charles de Rohan, ayant résidé un temps au château de Tréfaven, concède à un certain Sieur Dondel de vastes terrains incultes en récompense de services rendus. C’est sur ces terrains que naîtra plus tard la ville.

L’acte fondateur : le 31 août 1666

Le moment charnière est cette date précise. Ce jour-là, Denis Langlois, marchand et bourgeois de Paris et l’un des premiers directeurs de la future Compagnie des Indes, achète 24 parcelles de terrain — soit environ 7 hectares (l’unité de mesure utilisée, le « journal », correspondant à la surface qu’un homme peut labourer en une journée). Cet achat s’appuie sur l’ordonnance royale du mois de juin précédent.

Fait notable : les familles locales acceptent de céder volontairement (contre rétribution) leurs terres, malgré l’opposition de la princesse de Guémené, la propriétaire foncière du fief. Ce même jour, on organise déjà le mesurage et l’estimation précise de chaque parcelle — preuve d’une opération bien préparée et rondement menée.

C’est ce jour précis, le 31 août 1666, que sera tracé le premier périmètre de l’établissement de la Compagnie des Indes orientales, sur un secteur qui sera plus tard appelé « Le Parc ». C’est cet événement qui constitue réellement l’acte de naissance de Lorient.