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Lorient, ville morte

Lorient, ville morte

Collection Archives municipales de la ville de Lorient – Identifiant : 1038804 – 2Fi843 – Plan de destruction et de projet de reconstruction de Robert Choquard

Lorient, ville morte

Résumé

Dès octobre 1942, Lorient subit une pression aérienne alliée croissante, tandis que les autorités allemandes engagent la transformation de la ville en place-forte, la « Festung Lorient », à partir de novembre. Malgré la fermeture des écoles fin novembre et de premières attaques, la population reste largement présente : seuls 1 600 habitants ont évacué au 31 décembre 1942. Le 14 janvier 1943, Winston Churchill ordonne de frapper les villes abritant des bases sous-marines allemandes, ce qui vise directement Lorient en raison de la base de Keroman. Dans la nuit du 14 au 15 janvier, le Bomber Command britannique mène un raid massif à l’aide de bombes incendiaires, suivi de nombreuses vagues successives jusqu’au 16 février. Sur trente-trois jours, environ 4 000 tonnes de bombes sont larguées, détruisant 90 % des immeubles de la ville et causant plusieurs centaines de morts et de blessés selon les bilans. Un arrêté du 3 février 1943 officialise l’évacuation totale des civils. Bien que dévastée, Lorient conserve un rôle militaire stratégique grâce à sa base sous-marine et son terrain d’aviation, restant une forteresse allemande activement défendue jusqu’à la fin de la guerre, maintenue « ville morte » par des bombardements continus.

Personnage(s) clé(s)

  • Winston Churchill – Premier ministre britannique qui, le 14 janvier 1943, ordonne de frapper les villes abritant des bases sous-marines allemandes, décision qui vise directement Lorient.
  • Le Bomber Command de la Royal Air Force – Force chargée de la mise en œuvre de cette décision stratégique, responsable des raids aériens massifs sur la ville.
  • Les autorités allemandes – Engagent dès novembre 1942 la transformation de Lorient en place-forte (« Festung Lorient ») et poursuivent les aménagements défensifs.
  • Les autorités préfectorales – Prennent des arrêtés successifs (fermeture des écoles le 20 novembre 1942, évacuation des civils le 3 février 1943).

Date(s) clé(s)

  • 21 octobre 1942 – Premières attaques des forteresses volantes américaines sur Lorient.
  • 20 novembre 1942 – Arrêté préfectoral fermant les écoles de la ville.
  • Novembre 1942 – Début des travaux de transformation de Lorient en « Festung Lorient ».
  • 31 décembre 1942 – Seulement 1 600 habitants ont évacué la ville à cette date.
  • 14 janvier 1943 – Décision stratégique de Churchill visant les bases sous-marines allemandes.
  • Nuit du 14 au 15 janvier 1943 – Raid massif : dix vagues de bombardiers larguent environ 10 000 bombes incendiaires et une vingtaine de bombes explosives (entre 0 h 15 et 1 h 45).
  • 15 janvier 1943 (19 h 30) – Second raid de bombardement.
  • 16 janvier – fin janvier 1943 – Poursuite des bombardements et début de l’exode massif de la population.
  • 3 février 1943 – Arrêté préfectoral ordonnant l’évacuation des civils de Lorient et des communes voisines.
  • 4 – 16 février 1943 – Phase d’achèvement de la destruction de la ville.
  • 16 février 1943 – Fin officielle de la destruction de Lorient.
  • 1943-1944 – Poursuite de bombardements méthodiques pour maintenir Lorient en « ville morte ».

Lieu(x) clé(s)

  • Lorient – Ville au centre du récit, presque entièrement détruite par les bombardements.
  • La base sous-marine de Keroman – Cible stratégique majeure justifiant les bombardements alliés.
  • Keryado – Commune ayant subi des pertes humaines (30 morts).
  • Lanester – Commune voisine ayant subi des pertes humaines (51 morts).
  • Les communes limitrophes – Zones également touchées par les bombardements (54 morts).
  • Le terrain d’aviation de Lann-Bihoué – Infrastructure militaire intégrée à la forteresse « Festung Lorient ».
  • La Laïta et la presqu’île de Quiberon – Délimitent le secteur formant la forteresse « Festung Lorient ».
 

Histoire et développement

« Lorient, ville morte… »
(Lorient, 300 ans d’histoire – Georges Gaigneux)

En décembre 1942, Lorient est déjà sous pression aérienne alliée depuis octobre. Les bombardements américains ont commencé et la ville est engagée dans une phase de transformation militaire. Les autorités allemandes renforcent la fortification du secteur.

Malgré les attaques, la population civile reste encore largement présente à la fin du mois. La destruction massive n’a pas encore commencé, mais la situation annonce les événements de janvier 1943.

Le 21 octobre 1942, les premières forteresses volantes américaines attaquent Lorient. Les raids se succèdent dans les semaines suivantes.

Le 20 novembre 1942, un arrêté préfectoral ferme les écoles de la ville.

En novembre 1942 commencent les travaux visant à transformer Lorient en place-forte, appelée « festung Lorient ».

En décembre 1942, la ville subit toujours des attaques aériennes, mais la destruction totale n’est pas encore engagée. Les Allemands poursuivent les aménagements défensifs de la forteresse.

Au 31 décembre 1942, seulement 1 600 habitants ont évacué la ville.
La population reste donc majoritairement présente à la veille des bombardements massifs de janvier 1943.

Le 14 janvier 1943, Winston Churchill prend une décision stratégique visant les villes abritant des bases sous-marines allemandes.
Cette orientation relève du pouvoir politique britannique et fixe un objectif général : affaiblir la guerre sous-marine allemande en frappant ses points d’appui portuaires.
Lorient, en raison de la base de Keroman, est concernée par cette décision.

La mise en œuvre est assurée par le Bomber Command de la Royal Air Force.
Dans la nuit du 14 au 15 janvier 1943, dix vagues de bombardiers attaquent la ville.
Les bombardements utilisent massivement des bombes incendiaires, provoquant des destructions étendues.
En trente-trois jours, 4 000 tonnes de bombes sont larguées sur Lorient.

14 janvier 1943

Le 14 janvier, une décision stratégique ordonne la destruction des zones abritant les bases allemandes.
À 23 h 55, une nouvelle alerte est déclenchée.


Nuit du 14 au 15 janvier 1943

Entre 0 h 15 et 1 h 45, dix vagues d’environ vingt bombardiers larguent 10 000 bombes incendiaires et une vingtaine de bombes explosives. 
Un second raid intervient vers 19 h 30 le 15 janvier.

L’exode débute dès le lendemain.


16 janvier – fin janvier 1943

Les bombardements se poursuivent par vagues successives.
La population commence à quitter massivement la ville.

Au 31 décembre 1942, 1 600 habitants avaient déjà évacué la ville.
À partir de janvier 1943, l’évacuation devient générale.


3 février 1943

Un arrêté préfectoral ordonne l’évacuation des civils de Lorient et des communes voisines.


4 – 16 février 1943

La période du 4 au 16 février correspond à la phase d’achèvement de la destruction.

Le 16 février 1943 marque la fin de la destruction de la ville.


Bilan au 16 février 1943

En trente-trois jours, 4 000 tonnes de bombes sont larguées.
60 000 bombes incendiaires et environ 500 bombes explosives sont recensées.

3 500 immeubles sur 5 000 sont anéantis.
La destruction atteint 90 % des immeubles.

Les pertes humaines sont évaluées à :

                    • 101 morts à Lorient

                    • 30 à Keryado

                    • 51 à Lanester

                    • 54 dans les communes limitrophes

Un autre bilan mentionne 162 tués et 240 blessés.

Après la destruction du centre urbain, Lorient est maintenue comme place fortifiée.
Le secteur compris entre la Laïta et la presqu’île de Quiberon forme la forteresse dite « Festung Lorient ».

Elle comprend la base sous-marine de Keroman et le terrain d’aviation de Lann-Bihoué.
Des centaines d’ouvrages bétonnés protègent le périmètre.

Les bombardements massifs n’entament pas le potentiel militaire allemand.

Après février 1943, la ville est entièrement évacuée.
Elle reste inhabitée en dehors du personnel militaire et des effectifs indispensables.

Des bombardements méthodiques continuent entreles années 1943 et 1944 afin d’empêcher toute activité. Les lois de la guerre imposent alors que Lorient demeure « ville morte ».