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Les trois Compagnies des Indes et Lorient (1664–1794)

Les trois Compagnies des Indes et Lorient (1664–1794)

 Tableau comparatif — succès, déclin et héritage de chaque Compagnie

Compagnie des Indes orientales

Dates1664 – 1719 (activité déjà très ralentie dès 1703)
FondateursJean-Baptiste Colbert, sous Louis XIV
Nature de la CompagnieConcurrencer les compagnies des Indes anglaise et néerlandaise, créées respectivement en 1600 et 1602, et obtenir le monopole du commerce français avec l’Asie.
Facteurs de succès

Lorient devient un vrai port d’armement : 83 des 176 navires envoyés vers les Indes y sont armés.

Construction progressive d’un établissement complet (cales, chapelle, corderie, forges, mur d’enceinte).

Réorganisation de Seignelay à partir de 1685, qui redonne un temps du rythme aux départs.

Causes du déclin et de la perte

Moyens toujours comptés au plus juste dès l’origine.

Activité très irrégulière, dépendante des cycles de guerre et de paix.

Comptes maquillés par des estimations artificielles, masquant un endettement croissant.

Concurrence croissante de marchands privés (notamment malouins), qui captent l’essentiel du commerce après 1705.

Recrutement des équipages de plus en plus difficile.

Épisode marquantAntoine Looman, maître-charpentier, met en chantier dès 1667 le plus gros navire « Le Soleil d’Orient » jamais construit dans la région (1 000 tonneaux).
Devenir de LorientEn 1689, Seignelay réquisitionne les chantiers au profit de la Marine royale : les infrastructures sont sauvées, mais pas la Compagnie.

Compagnie perpétuelle des Indes

Dates1719 – 1769 (faillite officielle), liquidation achevée vers 1770
FondateursJohn Law, sous la Régence (Philippe d’Orléans)
Nature de la CompagnieAprès la quasi-disparition de la première compagnie (dettes, désorganisation), Law fusionne l’ensemble des compagnies de commerce à privilèges (Indes orientales, Sénégal, Chine, Barbarie, etc.) en une seule entité intégrée à la Banque royale, dans le cadre de son « Système » destiné à relancer les finances du royaume et à exploiter la Louisiane.
Facteurs de succès

Relance spectaculaire portée par John Law dès 1719 ; la Compagnie survit même au krach de 1720.

À partir de 1732, les ventes de marchandises d’Asie se font directement à Lorient : jusqu’à 25 millions de livres brassés en 3 semaines, attirant des marchands de toute l’Europe.

Embellissement de l’Enclos confié à Jacques-Charles Gabriel ; la population de Lorient triple (6 000 à 20 000 habitants entre 1709 et 1738).

Causes du déclin et de la perte

Non pas un échec économique : la Compagnie est supprimée en 1769 sous la pression idéologique des physiocrates, partisans de la liberté du commerce.

Prospérité restée dépendante de la paix internationale (la guerre interrompt aussitôt le commerce).

Menace concrète lors du siège anglais de 1746 (épisode finalement sans suite fâcheuse).

Épisode marquantFace sombre de la prospérité : entre 1723-1725, Lorient devient un temps le premier port négrier de France (156 expéditions, environ 43 000 personnes déportées entre 1720 et 1790).
Devenir de LorientEn 1769, le roi rachète les installations portuaires : Lorient devient un port militaire, siège d’un arsenal royal.

Compagnie de Calonne

Dates1785 – 1790 (perte du monopole), liquidation achevée en 1794
FondateursCharles-Alexandre de Calonne, sous Louis XVI
Nature de la CompagnieLe monopole ayant été suspendu depuis 1769, le commerce « libre » exercé par des particuliers montre ses limites (manque de capitaux pour de grandes expéditions, hausse des prix en Inde, appauvrissement en numéraire). Calonne fonde donc une nouvelle Compagnie des Indes, soutenue par des capitaux privés venus de toute l’Europe (Suisse, Pays-Bas), mais sans les pouvoirs civils et militaires des précédentes.
Facteurs de succès

Relance voulue par Calonne, contrôleur général des Finances, avec négociations menées directement à Londres.

Monopole confirmé en 1786 sur le commerce au-delà du cap de Bonne-Espérance.

Recours à des financements étrangers (Suisse, Pays-Bas) et coopération inédite avec l’East India Company britannique.

Causes du déclin et de la perte

Capitaux difficiles à réunir : les grandes places de négoce françaises (Lyon, Rouen, Bordeaux, Nantes) boudent la Compagnie.

Contournement du monopole par des armateurs privés naviguant sous pavillon étranger.

Perte du monopole dès 1790 par décision de l’Assemblée constituante.

Interdiction des sociétés par actions en 1793 (Comité de salut public) : fin provoquée par la Révolution, non par un échec commercial.

Épisode marquantLa liquidation tourne au scandale d’État : Fabre d’Églantine et Joseph Delaunay, compromis dans une tentative de corruption, sont guillotinés ; l’affaire précipite la chute de Danton.
Devenir de LorientAprès la liquidation (1793-1794), l’aventure des Compagnies des Indes à Lorient s’achève définitivement, emportée par les convulsions politiques de la Terreur.
  • Les trois compagnies s’inscrivent dans une continuité géographique (Lorient/Port-Louis) mais pas juridique stricte : chacune est une nouvelle entité créée après l’échec de la précédente.
  • Le fil conducteur de leurs difficultés est presque toujours le même : sous-capitalisation, conflits maritimes avec l’Angleterre, et dépendance excessive à l’État (qui accorde ou retire le monopole selon ses propres intérêts financiers ou diplomatiques).
  • La 3e compagnie est la seule à disparaître non pas par faillite commerciale mais par liquidation politique, dans le contexte révolutionnaire.