Lorient 1746 : l'attaque des anglais
Résumé
En 1746, pendant la guerre de Succession d’Autriche, Lorient est le port d’attache de la riche Compagnie des Indes, mais ses remparts sont inachevés.
Une expédition anglaise, destinée au Canada, est détournée vers la Bretagne pour faire diversion et frapper la Compagnie.
Environ 4 500 soldats débarquent près du Pouldu le 1er octobre et dispersent les miliciens.
Le 3 octobre, les Anglais somment la ville de se rendre ; les Français refusent des conditions sans honneur.
Les Anglais, mal renseignés, sans chevaux et sous la pluie, acheminent lentement leur artillerie.
Le bombardement, commencé le 6, fait très peu de dégâts : six morts.
Le moral anglais s’effondre : maladies, fatigue, rumeurs d’une armée de 20 000 hommes.
Le matin du 7, le général Synclair décide de se retirer.
L’après-midi, côté français, un conseil signe pourtant une capitulation.
Quand le marquis de l’Hôpital se présente, le camp anglais est vide.
Les Anglais rembarquent jusqu’au 9, pillent ensuite Quiberon, puis rentrent.
Lorient n’a donc été ni prise, ni sauvée par une bataille.
La ville attribue sa délivrance à la Vierge et institue une procession annuelle.
Elle renforce ses défenses les années suivantes.
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Le contexte
Une ville riche, mais mal protégée.
En quelques décennies, Lorient est devenue la base du commerce français avec les Indes. La Compagnie des Indes y a installé son siège en 1732. Elle y a ses magasins et y arme presque tous ses navires, une trentaine de vaisseaux et frégates vers 1745. La rivalité commerciale avec l’Angleterre prend alors une dimension coloniale et militaire, avec Dupleix autour de Pondichéry et La Bourdonnaye à l’île de France. Frapper Lorient, c’est frapper la base qui équipe les entreprises françaises outre-mer.
Pourtant, la ville est fragile. Plusieurs projets de fortification (1705, 1709, 1735, 1739) n’ont pas abouti. Le chantier lancé en 1744 avance lentement : en 1746, l’enceinte comporte encore une brèche près du Faouëdic, et la porte du Morbihan n’est pas achevée.
Une expédition détournée.
L’amiral Lestock et le général Synclair (St Clair) devaient gagner le Canada, après la prise de Louisbourg par les Anglais en 1745. La saison est trop avancée pour traverser l’Atlantique, et les troupes restent sans emploi à Plymouth. Le duc de Newcastle ordonne alors d’attaquer Lorient ou Rochefort, pour faire diversion au profit des alliés qui affrontent l’armée française en Flandre. Lorient tente d’autant plus que l’amiral Anson la juge bien protégée côté mer, mais vulnérable côté terre. Les chefs anglais connaissent pourtant mal la région : Synclair n’a qu’une carte de France à petite échelle.
Le débarquement
Le 30 septembre, la flotte (54 navires, environ 4 500 soldats) est signalée depuis la tour des Signaux. On l’a d’abord confondue avec les vaisseaux français de Mac Nemara, attendus ce jour-là. Le vent ralentit les Anglais, ce qui laisse aux Français un répit précieux.
Le 1er octobre, les troupes débarquent près du Pouldu, à l’est de l’embouchure de la Laïta. Elles n’y affrontent que des miliciens garde-côtes, surtout des paysans armés de bâtons, de piques et de quelques fusils, et quelques compagnies de cavalerie. Dépassés, ils se dispersent, et dragons et cavaliers se replient sur Lorient. Synclair avance en deux colonnes qui se rejoignent à l’ouest de la ville, après avoir pillé Ploemeur. Ses ingénieurs promettent de venir à bout des fortifications en 24 heures.
La sommation et le dilemme français
Le 3 octobre, un parlementaire anglais menace : si Lorient ne se rend pas, elle sera brûlée et ses habitants massacrés. Les Français sont divisés. Le marquis de l’Hôpital, qui commande les troupes, juge les milices trop faibles et penche pour céder. Les directeurs de la Compagnie des Indes veulent résister : ils distribuent armes et munitions et appellent les habitants à défendre leurs biens.
Les Français proposent une reddition honorable (respect des établissements de la Compagnie, biens des habitants préservés, honneurs de la guerre).
Le 4 octobre, Synclair exige une capitulation sans conditions et se heurte à un refus. Les renforts affluent de toute la Bretagne et la ville s’organise dans l’urgence : plateformes d’artillerie, retranchements, batteries.
Un bombardement décevant
Les Anglais, sans chevaux, traînent leur artillerie à dos d’hommes dans la boue jusqu’à la lande de Keroman. Les dernières pièces arrivent le 6 octobre et le bombardement commence. Il est peu efficace : les canons sont trop loin et les maisons de pierre résistent au feu. Le bilan est dérisoire : six morts, une douzaine de blessés, quelques maisons touchées.
Dans le camp anglais, le moral s’effondre. Pluie, fatigue et maladies ne laissent qu’environ 3 000 hommes aptes au combat. Des déserteurs laissent croire que 20 000 hommes attendent derrière les murs. En réalité, Lorient abrite près de 15 000 miliciens, mais totalement inexpérimentés.
Le 7 octobre : deux décisions qui se croisent
Le matin, Synclair réunit son conseil de guerre et décide de renoncer. Il rejette la faute sur ses ingénieurs, fait enclouer les canons (mettre volontairement hors d’usage en enfonçant un clou d’acier dans le petit orifice par lequel on met le feu à la poudre) et prévoit de lever le camp à la nuit.
Au même moment, côté français, un conseil signe en milieu d’après-midi une capitulation qui livre la ville, le port et les navires de la Compagnie. Tinteniac, de la Berrais et Deschamps refusent de s’y associer.
Un épisode brouille les cartes : tandis que les cavaliers battent la chamade, des tambours de milice battent la charge. Les Anglais y voient peut-être l’annonce d’une sortie et accélèrent leur départ. Mais leur retraite était décidée le matin : les tambours ont pu la hâter, non la provoquer.
Vers 21 h, le marquis de l’Hôpital part négocier. Quand il arrive, il ne trouve plus personne. Il soupçonne une ruse, et ce n’est que le lendemain que des paysans de Ploemeur confirment le départ.
Pourquoi les Anglais ont-ils renoncé ?
Les difficultés se sont cumulées : méconnaissance du terrain, lenteur de l’opération, maladies, artillerie inefficace, menace des tempêtes.
Le rembarquement se poursuit jusqu’au 9 octobre, puis une tempête immobilise les navires jusqu’au 12.
Les suites
Avant de rentrer, la flotte pille Quiberon et prend sans combat Houat et Hoëdic, sans effet sur la guerre. Lestock, dont l’échec est connu avant son retour, doit rendre son commandement. Louis XV, lui, a détaché vingt bataillons de Flandre vers l’ouest : la diversion a fonctionné, mais trop tard.
À Lorient, le 15 novembre 1746, les autorités attribuent la délivrance à Dieu et à la Vierge et instituent une grand-messe annuelle avec procession à l’église Saint-Louis.
Les fortifications, enfin, sont reprises : lunette de Kerlin (1755), remparts achevés (1756), porte du Morbihan (1758).
À retenir
Lorient n’a été ni occupée ni livrée, mais pas non plus sauvée par une grande bataille.
Au moment où ses responsables se résignaient à capituler, leurs adversaires avaient déjà décidé de partir.
