Pendant les remparts
Résumé
À l’origine, seule l’Enclos de la Compagnie des Indes est fortifié, tandis que la ville qui se développe autour reste ouverte et sans plan d’ensemble, ce qui pose rapidement problème avec la croissance démographique. Plusieurs ingénieurs, dont Pierre de Langlade puis Isaac Robelin, proposent des plans d’organisation incluant rues, bâtiments publics et remparts, mais ces projets échouent face au refus des propriétaires d’être expropriés, malgré de nouvelles tentatives en 1718 et 1719. Ce n’est que dans les années 1740, alors que Lorient est devenue un port majeur et un arsenal militaire, que la Compagnie des Indes fait édifier de véritables fortifications à la Vauban, achevées vers 1752, avec cinq portes d’accès à la ville. Après la faillite de la Compagnie en 1769, la Marine royale reprend le site, renforce les défenses et transforme Lorient en ville de garnison fermée. Au XIXᵉ siècle, l’évolution de l’artillerie rend les remparts obsolètes : ils deviennent de simples limites administratives, freinant l’expansion urbaine vers de nouveaux quartiers comme Merville ou Kerentrech. Devenus une contrainte, les remparts sont finalement déclassés en 1902, puis démolis à partir de 1906, entraînant la disparition de portes emblématiques comme celle du Morbihan et de Ploemeur.
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Personnage(s) clé(s)
- Pierre de Langlade – Ingénieur qui présente un premier projet d’organisation de la ville.
- Isaac Robelin – Ingénieur qui élabore un plan complet incluant le tracé des rues, les bâtiments publics et les remparts.
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Date(s) clé(s)
- 1718 – Élaboration d’un nouveau plan d’urbanisme pour la ville
- 1719 – Nouvelle tentative de plan, également sans succès
- Années 1740 – Lorient devient un grand port commercial, un centre de construction navale et un arsenal militaire
- Vers 1752 – Achèvement des fortifications « à la Vauban » construites par la Compagnie des Indes
- 1769 – Faillite de la Compagnie des Indes, entraînant la reprise du site par la Marine royale
- XIXᵉ siècle – L’évolution de l’artillerie rend les murs obsolètes ; les fortifications deviennent de simples limites administratives
- Second Empire – Multiplication des projets de déclassement des fortifications
- 1902 – Déclassement officiel des fortifications
- 1906 – Début de la démolition des remparts
- 1907 – Disparition de la Porte du Morbihan et de la Porte de Ploemeur
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Lieu(x) clé(s)
- L’Enclos de la Compagnie des Indes – Première enceinte fortifiée protégeant les installations industrielles, magasins et logements de la Compagnie
- Lorient – Ville au centre du récit, dont l’histoire des fortifications est retracée
- Port-Louis / la citadelle de Port-Louis – Située en vis-à-vis sur la rive du Blavet, elle complète la protection de Lorient
- Porte du Morbihan et de Ploemeur – Symbole disparu en 1907
- Merville, Kerentrech, Nouvelle-Ville – Nouveaux quartiers développés hors des murs à partir du XIXᵉ siècle
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Histoire et développement
Une ville longtemps ouverte (1666 – milieu du XVIIIᵉ siècle)
Quand Lorient est fondée en 1666, la ville n’a pas de remparts. C’est important à comprendre : à cette époque, seules les installations de la Compagnie des Indes (la grande entreprise commerciale qui a donné son nom à la ville) sont protégées, par leur propre enceinte appelée l’Enclos.
Autour de cet Enclos, la ville « civile », où vivent les habitants, se développe librement, sans mur ni protection militaire.
Pourtant, l’idée de fortifier Lorient existait déjà. Des projets d’urbanisme avaient été proposés dès le début du XVIIIᵉ siècle, notamment par l’ingénieur Isaac Robelin. Mais aucun de ces projets n’a été réalisé à cette époque : la ville reste donc ouverte pendant près d’un siècle.
La menace anglaise de 1744 : tout s’accélère
En 1744, la situation change brutalement. La France entre en guerre contre l’Angleterre (c’est la guerre de Succession d’Autriche). Du jour au lendemain, Lorient n’est plus perçue comme une simple ville commerçante, mais comme un lieu stratégique à protéger absolument, car elle regroupe :
- un arsenal (lieu de stockage des armes et munitions),
- un chantier naval (construction des bateaux),
- un port d’armement (équipement des navires de guerre),
- un centre commercial stratégique.
Les autorités prennent alors trois décisions majeures :
- de vrais remparts sont enfin décidés ;
- des batteries d’artillerie (canons) sont installées ;
- des troupes royales s’installent sur place — malgré les protestations de la Compagnie des Indes, qui craint pour ses intérêts commerciaux.
Mais le ministre tranche : défendre le port est prioritaire sur le commerce.
Première étape : des défenses provisoires, faites dans l’urgence
Construire un vrai rempart en pierre prend du temps. En attendant, les ingénieurs installent rapidement des défenses temporaires, plus simples à réaliser :
- des fossés creusés dans la terre ;
- des retranchements (buttes de terre servant d’abri) ;
- des batteries de canons ;
- des lignes défensives pour empêcher un débarquement ennemi sur les côtes.
Plusieurs batteries sont installées pour surveiller les accès par la rivière du Scorff, et que des lignes de défense sont organisées tout autour des chantiers navals et de l’arsenal.
Ces aménagements ne sont qu’une étape transitoire, en attendant la construction d’une véritable muraille durable.
Deuxième étape : la construction de l’enceinte définitive
Une fois le danger immédiat écarté, on construit enfin des fortifications solides, en pierre (maçonnerie). Cette enceinte comprend plusieurs éléments techniques :
- les fossés (déjà présents, renforcés) ;
- les courtines : ce sont les murs qui relient les tours entre elles ;
- les bastions : des sortes de tours en saillie, placées aux angles, qui permettent de surveiller et défendre plusieurs directions à la fois ;
- les chemins couverts : des passages protégés pour les soldats ;
- les portes de la ville, qui contrôlent les entrées.
Cette muraille encercle alors presque toute la ville existante. Les conséquences sont considérables pour Lorient :
- la ville devient officiellement une place forte (une ville fortifiée à vocation militaire) ;
- elle ne peut plus s’étendre librement : les remparts fixent désormais ses limites ;
- tous les accès sont surveillés grâce à des portes fortifiées.
Les premières portes de la ville
Deux portes principales permettent d’entrer et sortir de Lorient :
- la Porte du Morbihan (1745)
- la Porte de Ploemeur
Ces deux portes commandent les routes les plus importantes menant à la ville.
Une enceinte construite pour durer
Cette première muraille, bâtie entre 1744 et 1748, va rester en service très longtemps : plus de 150 ans ! Elle ne sera abandonnée (« déclassée ») qu’au tout début du XXᵉ siècle, avant d’être peu à peu démolie à partir de 1906.
Archives municipales de la ville de Lorient – 2Fi204
Collection Archives municipales de la ville de Lorient – 2Fi207
Collection Archives municipales de la ville de Lorient – 31Fi107
