Vous êtes ici :

Avant les remparts

Avant les remparts

Collection Archives municipales de la ville de Lorient – 31Fi104 – Le port et la ville de Lorient en 1703

Avant les remparts

Résumé

Lorient naît au XVIIᵉ siècle d’un choix stratégique de la Compagnie française des Indes orientales, cherchant un site protégé après les dangers rencontrés au Havre face aux Anglais. En 1666, Denis Langlois acquiert des terres au Faouëdic, près de Port-Louis, profitant d’une rade abritée, de l’île de Groix et de l’accès au Scorff. Dès 1667, ateliers, magasins et cales de construction voient le jour, donnant naissance à un chantier naval majeur. Sans avoir été planifiée, une ville se forme progressivement autour de ce chantier, portée par l’installation d’ouvriers, de commerçants et de familles de marins. Au fil du XVIIIᵉ siècle, Lorient gagne en importance : la Marine royale y loue des installations, la ville obtient un plan officiel puis le statut de corps de ville, et devient en 1730 le centre unique de la Compagnie des Indes. Cette prospérité en fait aussi une cible potentielle, ce qui, associé à la menace anglaise pendant la guerre de Succession d’Autriche, conduit à la construction d’une enceinte fortifiée propre à la ville à partir de 1744.

Personnage(s) clé(s)

  • Louis XIV – Roi qui autorise la création de la Compagnie française des Indes orientales
  • Jean-Baptiste Colbert – Ministre initiateur de la politique maritime française, fondateur de la Compagnie en 1664
  • Denis Langlois – Directeur général de la Compagnie des Indes, chargé de l’acquisition des terrains ; il achète le terrain du Faouëdic en 1666
  • Pierre Langlade – Auteur du premier plan connu de la ville de Lorient (1707)

 Date(s) clé(s)

  • 1664 – Création de la Compagnie française des Indes orientales par Colbert
  • 31 août 1666 – Achat du terrain du Faouëdic par Denis Langlois, acte fondateur de Lorient.
  • 1667 – Début des premières constructions (ateliers, magasins, cales de construction)
  • 1703 – La Marine royale loue une partie des installations
  • 1707 – Réalisation du premier plan connu de la ville par Pierre Langlade
  • 1719 – Création de la nouvelle Compagnie des Indes
  • 1730 – Lorient devient le centre unique des activités de la Compagnie des Indes
  • 1738 – Un édit royal érige officiellement Lorient en corps de ville
  • 1740-1748 – Guerre de Succession d’Autriche, opposant notamment la France et la Grande-Bretagne
  • 1744 – Année charnière : crainte d’un débarquement anglais, arrêt du Conseil d’État (16 avril) autorisant la construction de l’enceinte fortifiée, début des travaux, et instauration des taxes d’octroi (septembre) pour financer le projet

Lieu(x) clé(s)

  • Lorient – Ville au cœur du récit, née du chantier naval de la Compagnie des Indes.
  • Le Faouëdic – Terrain acheté par Denis Langlois en 1666, emplacement fondateur de Lorient.
  • Port-Louis – Ville voisine dotée d’une citadelle, dont la protection assurait initialement la sécurité de la rade avant que Lorient ne développe ses propres remparts.
  • L’île de Groix – Offre une protection naturelle à la rade.
  • Le Scorff – Rivière/fleuve permettant l’accès direct nécessaire aux constructions navales.
  • La rade de Lorient – Espace maritime profond et protégé, atout majeur du site.
  • Le Havre – Premier établissement important de la Compagnie française des Indes orientales, abandonné en raison des dangers liés aux conflits avec l’Angleterre.
  • L’Angleterre / la Grande-Bretagne – Puissance rivale, à l’origine des tensions maritimes et de la menace militaire justifiant la construction des remparts.
  • Hennebont – Ville dont le sénéchal est présent lors de l’acte d’achat du terrain, donnant un caractère officiel à la fondation de Lorient.

Histoire et développement

Au milieu du XVIIᵉ siècle, l’emplacement de Lorient n’est constitué que de landes, de bois, de quelques cultures et de rares habitations dispersées.

Cependant, la région présente plusieurs avantages :

            • une rade profonde ;
            • un accès maritime facile ;
            • une excellente protection naturelle grâce à l’île de Groix ;
            • la présence de la citadelle de Port-Louis qui sécurise l’entrée de la rade ;
            • un accès direct au Scorff permettant les constructions navales.

Ces qualités sont déjà reconnues depuis longtemps à Port-Louis, installé sur la rive opposée.

La Compagnie française des Indes orientales est créée par Colbert en 1664.

Son premier établissement important est situé au Havre.

Mais les conflits maritimes avec l’Angleterre rendent rapidement cette implantation dangereuse. Les dirigeants recherchent alors un port mieux protégé pour construire leurs navires et préparer les expéditions vers les Indes.

Après plusieurs études, le secteur de Port-Louis est retenu.

Le 31 août 1666, Denis Langlois achète environ sept hectares de landes au Faouëdic.

Plusieurs raisons expliquent ce choix :

            • proximité immédiate de Port-Louis ;
            • terrain libre appartenant à plusieurs propriétaires ;
            • accès direct au Scorff ;
            • possibilité d’étendre rapidement les installations ;
            • terrain suffisamment vaste pour construire ateliers, magasins et cales de lancement.

Parmi les principaux acteurs figurent :

            • Louis XIV, qui autorise la création de la Compagnie ;
            • Jean-Baptiste Colbert, initiateur de la politique maritime française ;
            • Denis Langlois, directeur général de la Compagnie, chargé de l’acquisition des terrains ;
            • les administrateurs de la Compagnie des Indes ;
            • les premiers ingénieurs et maîtres-charpentiers qui organisent les chantiers.

L’achat du terrain est effectué en présence du sénéchal d’Hennebont, ce qui donne un caractère officiel à l’acte fondateur.

Dès 1667 commencent les premières constructions :

            • ateliers ;
            • magasins ;
            • cales de construction.

Les premiers navires destinés à la Compagnie sont rapidement lancés.

Le chantier devient rapidement l’un des plus importants de France pour les bâtiments destinés au commerce oriental.

Une ville née sans avoir été prévue. Lorient n’a pas été fondée comme une ville. Elle est née de manière progressive autour des besoins du chantier naval. 

Les ouvriers construisent leurs maisons.
Puis arrivent :

            • commerçants
            • aubergistes
            • artisans
            • familles de marins

Cette concentration de population entraîne naturellement la création d’une véritable agglomération.

Au début du XVIIIᵉ siècle, la Marine royale loue une partie des installations (1703).
Pierre Langlade réalise le premier plan connu de la ville (1707).
La nouvelle Compagnie des Indes est créée en 1719 et en 1730, Lorient devient le centre unique des activités de la Compagnie des Indes. En 1738, un édit royal érige officiellement Lorient en corps de ville.

À partir des années 1730, Lorient est devenue le principal port de la Compagnie des Indes, un centre de stockage de marchandises très précieuses, un chantier naval stratégique ; mais aussi un objectif potentiel pour les puissances ennemies.

La protection assurée par Port-Louis n’est plus jugée suffisante. Il est alors décidé de doter la ville de sa propre enceinte.

La construction des remparts répond à un ensemble de raisons entremêlées plutôt qu’à une cause isolée. L’élément déclencheur reste le conflit franco-britannique de la guerre de Succession d’Autriche : dès 1744, la crainte d’un débarquement anglais pousse le Conseil d’État à autoriser l’édification d’une enceinte, les travaux démarrant dans l’urgence. Au-delà de cette menace militaire, il s’agit surtout de sauvegarder un patrimoine économique considérable, puisque Lorient abrite alors le principal port de la Compagnie des Indes, avec ses entrepôts, ses chantiers navals et ses cargaisons de grande valeur. La ville elle-même, devenue un centre urbain et commercial florissant, ne peut plus rester sans protection, tant pour préserver ses habitants et ses activités que pour maîtriser les flux de personnes et de marchandises et limiter les risques d’espionnage. À cela s’ajoute une dimension symbolique : les fortifications affichent la puissance et le rang de Lorient face au Roi, à la Marine et aux puissances étrangères.