Caserne Bisson

Caserne Bisson - Lorient
Caserne Bisson, Lorient France

Caserne Bisson

Résumé

Rue du Couëdic, face à la rue du général Hoche, la caserne Bisson était l’un des principaux bâtiments militaires de Lorient au début du XXᵉ siècle. Située dans le quartier du Moustoir, elle abritait le 62ᵉ régiment d’infanterie et participait à faire de Lorient une importante ville de garnison. Elle tirait son nom du lieutenant de vaisseau Hippolyte-Magloire Bisson, héros de la marine française, mort en 1827 en se faisant sauter avec son navire plutôt que de le livrer à des pirates grecs. Ce geste héroïque valut à Bisson une grande popularité, et Lorient lui rendit hommage en donnant son nom à une place et à cette caserne militaire.
Cette caserne devint rapidement un centre majeur de la vie militaire lorientaise, complémentaire du quartier Frébault (artillerie coloniale). Elle abrita le 62ᵉ régiment d’infanterie et participa activement à la structuration du paysage urbain et social de la ville avant 1943.

Personnage(s) clé(s)

 

Date(s) clé(s)

  • 1860 / 1865 – Construction de la caserne Bisson
  • 1914 (août) – Départ du 62 ème RI pour le front
  • 1940 – Occupation de la caserne par les forces allemandes

Lieu(x) clé(s)

  • Rue du Couëdic

  • Rue Hoche

  • Rue Vauban
  • Rue Clisson
  • Place Alsace Lorraine

Histoire et développement

Édifiée entre 1860 et 1865, la caserne fut conçue selon le plan-type des constructions militaires du Second Empire. La caserne Bisson présentait un plan régulier à deux cours intérieures, typique des constructions militaires de l’époque :

        • Bâtiments principaux : deux grands corps de logis parallèles en pierre de taille, séparés par une vaste cour d’honneur.

        • Façades : Architecture sobre et fonctionnelle, avec encadrements en granit local, corniches saillantes et toiture d’ardoises à la bretonne.

        • Caserne d’état-major et logements d’officiers : situés à l’entrée principale, sur une élévation légèrement dégagée, probablement le long de la rue du Moustoir.

        • Bâtiments annexes : manèges couverts, ateliers de réparation, écuries et cuisines régimentaires.

L’ensemble formait un quadrilatère imposant, visible depuis la plaine du Moustoir, et participait à la silhouette urbaine de Lorient avant sa destruction pendant la guerre.

La caserne Bisson logeait principalement :

        • le 62ᵉ régiment d’infanterie, unité de ligne de l’armée de Terre, composée de plusieurs milliers d’hommes ;

        • ponctuellement, des compagnies de renfort ou de dépôt lors des mobilisations de 1914 et 1939 ;

        • des éléments d’artillerie en lien avec le quartier Frébault voisin (artillerie coloniale).

Au total, au début du XXᵉ siècle, les casernes Bisson et Frébault rassemblaient plus de 3 000 soldats, auxquels s’ajoutaient les 10 000 personnels de la Marine et de l’Arsenal. Ce pôle militaire représentait alors un poids économique et social considérable pour Lorient.

La caserne Bisson servait de point d’instruction et de formation pour les recrues bretonnes affectées à l’infanterie. Son terrain d’exercice se situait à proximité immédiate du champ du Moustoir, utilisé pour les défilés et revues militaires.
La musique du 62ᵉ régiment, réputée, participait aux cérémonies officielles sur la place Bisson ou au kiosque de la place Alsace-Lorraine, contribuant à la vie civique et festive de la ville.
Pendant la Première Guerre mondiale, le régiment partit au front dès août 1914, subissant de lourdes pertes dans la Marne et à Verdun.
Entre les deux guerres, la caserne fut brièvement occupée par des unités de réserve et par des troupes coloniales de passage.
En 1940, la caserne est occupée par les forces allemandes, puis sévèrement endommagée lors des bombardements alliés de 1943. La plupart de ses bâtiments furent détruits ; le site fut ensuite intégré au périmètre sinistré du centre-ville.

Hippolyte-Magloire Bisson

Né à Guémené-sur-Scorff (Morbihan) en 1796, Hippolyte-Magloire Bisson fut l’un des officiers de marine les plus admirés de son temps. Élève de la marine à 16 ans, il servit sur divers bâtiments de la flotte française avant d’être nommé lieutenant de vaisseau. En 1827, il commandait le brick Panayoti, vaisseau marchand armé appartenant à un armateur marseillais, chargé d’une mission en Méditerranée orientale.
Le 25 février 1827, alors qu’il naviguait au large de Stampalie (îles grecques), son navire fut attaqué par une flottille de pirates grecs. Après un combat acharné, encerclé et sans espoir de secours, Bisson refusa de se rendre. Il fit sauter la soute à poudre, entraînant avec lui son équipage et ses assaillants plutôt que d’abandonner le pavillon français. Ce sacrifice héroïque provoqua une émotion immense en France : la presse, l’armée et la Marine en firent un symbole du devoir et du courage patriotique.

Sa mémoire fut célébrée par la Marine royale : son nom fut donné à plusieurs bâtiments de guerre (dont un aviso construit à Lorient en 1947).
La ville de Lorient, port militaire et siège de l’arsenal royal depuis le XVIIᵉ siècle, entretint un lien particulier avec ce héros breton.

Le souvenir de Bisson y fut honoré de trois manières :

        • Une place prit son nom, donnant sur le cours de la Bôve ;

        • Une statue en bronze, œuvre du sculpteur Cavelier, fut érigée – place Bisson – avant 1914 pour exalter l’héroïsme maritime ; 

        • Enfin, la grande caserne d’infanterie du Moustoir, construite à la fin du XIXᵉ siècle, reçut le nom de Caserne Bisson, perpétuant sa mémoire auprès des générations de soldats lorientais.

Cette triple présence — place, statue et caserne — fit de Bisson un symbole identitaire de Lorient, ville de marins et de militaires. Même après sa destruction pendant les bombardements de 1943, son souvenir resta vivant : la statue fut sauvée par la Résistance et replacée après-guerre, rappelant que l’esprit de fidélité et de bravoure d’Hippolyte Bisson appartient à l’âme même de Lorient.

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