Place Alsace Lorraine
Résumé
La place, appelée « la Plaine » avant 1763, changea de nom à de multiples reprises au gré des régimes politiques : Place Royale (1763), Place de la Fédération (1790), Place de la Montagne sous la Terreur (1793), puis Place Napoléon (1805). Elle redevint Place Royale à la Restauration (1814), fut renommée Place Napoléon III en 1858, avant de prendre son nom définitif de Place Alsace-Lorraine en 1871, suite à la défaite de 1870 et l’annexion des provinces perdues. Entre 1793 et 1794, la guillotine y fut dressée pendant la Terreur, exécutant 13 prêtres réfractaires et 17 opposants politiques.
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Personnage(s) clé(s)
- Le négociant Gérard — victime d’une exécution sauvage en 1792
- Les 13 prêtres réfractaires et 17 opposants politiques — victimes de la guillotine (1793-1794)
- Le Conseil municipal de Lorient — décideur des changements de nom successifs (1858 et 1871)
- Le nouveau conseil municipal républicain (1871) — acteur du dernier changement de nom
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Date(s) clé(s)
- Avant 1763 — La place est appelée « la Plaine »
- 1763 — Renommée Place Royale
- 1790 — Renommée Place de la Fédération
- 1792 — Exécution sauvage du négociant Gérard (agitation révolutionnaire)
- 1793 — Renommée Place de la Montagne
- 1793–1794 — Période de la Terreur, installation de la guillotine (exécution de 13 prêtres réfractaires et 17 opposants politiques)
- 1805 — Renommée Place Napoléon
- 1815 — La place reprend le nom de Place Royale (ou Place Louis XVIII)
- 10 mai 1871 — Traité de Francfort, annexion de l’Alsace-Lorraine
- 1871 — Renommée définitivement Place Alsace-Lorraine
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Lieu(x) clé(s)
- Lorient — cadre général
- La Plaine / Place Royale / Place de la Fédération / Place de la Montagne / Place Napoléon / Place Napoléon III / Place Alsace-Lorraine — la place elle-même, sujet principal du texte
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Histoire et développement
La plaine, comme elle se faisait appeler avant 1763, est une place d’une superficie d’un hectare.
Elle va changer de nom à plusieurs reprises, reflétant les grands mouvements de l’histoire nationale :
1763 : Place Royale
Prestige et symbolique monarchique : A cette époque, il était courant de baptiser la place centrale d’une ville « Place Royale » pour marquer l’attachement au roi et au pouvoir royal.
1790 : Place de la Fédération
Union du peuple et du roi (Révolution modérée) – La grande place centrale de la ville fut alors rebaptisée Place de la Fédération, pour marquer cet engagement politique et symboliser l’adhésion des Lorientais à la Révolution. Le nom voulait incarner la fraternité entre tous les citoyens et l’union du peuple avec ses représentants. C’était aussi une façon de rompre officiellement avec l’appellation monarchique précédente.
1793 : Place de la Montagne
Affirmation du pouvoir des Montagnards et de la Terreur républicaine – A partir de 1793, la Révolution entre dans sa phase la plus radicale : la Convention nationale domine, et en son sein le groupe politique des Montagnards (Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just…) prend le pouvoir face aux Girondins. La Montagne (ainsi nommée car ses députés siégeaient sur les gradins les plus hauts de la salle) incarne alors la République sans roi, la centralisation du pouvoir et la lutte contre les ennemis intérieurs et extérieurs.
1805 : Place Napoléon
Le changement de nom de la place de la Montagne en place Napoléon, survenu en 1805, s’inscrit directement dans le contexte du Consulat et du Premier Empire. Après la chute de Robespierre (1794) et la fin de la Terreur, la France connaît plusieurs régimes instables :
1795–1799 : le Directoire, marqué par le désordre et la lassitude politique.
1799 : le général Napoléon Bonaparte prend le pouvoir par le coup d’État du 18 Brumaire (9 novembre 1799).
1804 : il est proclamé Empereur des Français, devenant Napoléon Ier.
Sous son autorité, la France se réorganise autour d’un pouvoir fort, centralisé et glorifié. Les symboles révolutionnaires (comme la Montagne, la Révolution ou la Fédération) sont peu à peu remplacés par des références à l’ordre, à la gloire militaire et au prestige impérial.
1814 : Retour au nom Place Royale
En 1814, après les défaites successives de Napoléon, la France est envahie. En avril 1814, Louis XVIII monte sur le trône : c’est la Première Restauration. Napoléon revient brièvement au pouvoir pendant les Cent-Jours (mars–juin 1815), mais après Waterloo, il abdique définitivement.
Les royalistes veulent effacer toute trace du régime impérial. Ainsi, dans de nombreuses villes françaises, les “places Napoléon” reprennent leur ancien nom ou se voient attribuer un nom en lien avec la monarchie restaurée. À Lorient, la place Napoléon est donc rebaptisée : Place Louis XVIII ou Place Royale (selon les sources locales, la dénomination “Royale” est attestée dès 1815).
1858 : Place Napoléon III
En 1852, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la Seconde République, devient Empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Le nouveau régime cherche à rétablir le prestige impérial et à s’inscrire dans la continuité de Napoléon Iᵉʳ, tout en affichant une modernité économique et urbaine.
Le Second Empire est marqué par un vaste programme de modernisation des villes (haussmannisation à Paris, embellissement des ports, création de jardins et de places monumentales).
Lorient, port militaire et industriel, bénéficie d’une attention particulière de l’État impérial :
Agrandissement des chantiers de construction navale.
Développement du port de commerce et des infrastructures.
Croissance démographique et embellissement urbain : nouvelles rues, façades, jardins, fontaines.
La grande place centrale de la ville, anciennement place Royale, redevient un symbole de pouvoir et de prospérité.
En 1858, à l’occasion des tournées provinciales de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie, le Conseil municipal de Lorient décide de renommer la place pour marquer la fidélité de la ville à l’Empereur.
1871 : Place Alsace-Lorraine
En septembre 1870, la France subit une lourde défaite face à la Prusse lors de la bataille de Sedan. L’empereur Napoléon III est fait prisonnier et le Second Empire s’effondre aussitôt.
Le 4 septembre 1870, la Troisième République est proclamée à Paris.
L’année suivante, le traité de Francfort (10 mai 1871) consacre l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine par l’Empire allemand. C’est un choc immense pour tout le pays : la perte de ces provinces devient un symbole de douleur nationale et de patriotisme blessé.
Lorient, ville de garnison et port militaire, partage ce sentiment national d’humiliation. Le nouveau conseil municipal républicain souhaite effacer toute trace du régime impérial : le nom Place Napoléon III devient politiquement inacceptable. Comme dans de nombreuses villes françaises (Rennes, Brest, Nantes, Quimper, etc.), on choisit de baptiser une place importante “Alsace-Lorraine”, en hommage aux provinces perdues et en signe d’espoir de revanche.
Un des « faits » les plus marquant :
1792 : Agitation révolutionnaire (exécution sauvage du négociant Gérard, mais sans guillotine).
1793–1794 : Période de la Terreur, avec l’installation de la guillotine et les exécutions.
La guillotine fut dressée à Lorient en pleine Terreur révolutionnaire, sur la place qui deviendra plus tard la place Alsace-Lorraine. Elle servit notamment – entre 1793 et 1794 – à exécuter 13 prêtres réfractaires (refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé) et 17 opposants politiques.
